Compte-rendu de l’intervention du Dr Petifourt du 17/11/11

COMPTE-RENDU DE L’INTERVENTION DU DOCTEUR PETIFOURT DU 17.11.2011

 Notre association avait invité le Docteur PETIFOURT à nous parler du Taï chi chuan et plus particulièrement de  la nécessité ou non de passer par l’apprentissage des applications martiales et l’enseignement du Tui shou.

 La réponse est oui sans ambiguïté. C’est une évidence !

Tout d’abord, il est important de préciser que la pensée chinoise et la pensée occidentale sont totalement  différentes.

En Chine, tout est circulaire et se mélange (Yin Yang), tout a un sens : les noms, les chiffres… Par exemple l’idéogramme du salut est  représenté par une main qui recouvre un poing, ce qui signifie également un acte d’allégeance.

Au contraire, en Occident, tout est cloisonné.

Le Taï chi chuan recouvre un aspect énergétique, martial et philosophique, c’est un perpétuel mélange des trois.

Le Docteur PETIFOURT nous a présenté  un historique du Taï chi chuan.

Pendant plus de 200 ans le Taï chi chuan est essentiellement une technique martiale, une technique de combat, enseignée au sein de quelques familles taoïstes.

Mais quel combat ? Combat avec un adversaire ? Combat avec soi-même ?

Au fil du temps, de nombreux préceptes sont perdus. La forme que nous connaissons aujourd’hui est très éloignée des techniques de combat initiales. Très souvent, y compris en Chine, l’aspect martial du Taï chi chuan est mis de côté pour devenir une gymnastique douce, dégagée de toute intention combative.

 Mais le Taï chi chuan ne peut être réduit à cette seule expression. Le Taï chi chuan est beaucoup plus que cela.

Si l’on accélère les mouvements du Taï chi chuan et que l’on ralentisse les mouvements du kung-fu Shaolin, on s’aperçoit qu’une ressemblance évidente existe.

Contrairement au boxeur qui s’appuie sur ses muscles et sa force, le pratiquant de Taï chi chuan, grâce notamment au relâchement, est à l’écoute de l’adversaire, il ne s’oppose pas à sa force mais la détourne (esquive et parade) et répond avec toutes les parties de son corps.

 La phase d’apprentissage du Taï chi chuan consiste à faire grossir en soi le Tao « l’énergie » de son corps.

 Pour cela 3 principes :

  • Pratiquer quotidiennement – être rigoureux et précis (à ce stade, il faut être guidé par un enseignant),
  • Ne pas séparer le corps et le mental,
  • Etre à l’écoute de l’autre

et 3 niveaux dans la pratique :

  • L’apprentissage des postures et des mouvements qui engendre le relâchement (C’est la  théière, le contenant)
  • Le lâcher prise permet de faire circuler librement le chi (C’est le thé)
  • Le travail à deux (A quoi serviraient la théière et le thé si nous devions en rester là ?)
  • Le Taï chi chuan doit amener d’abord chacun à prendre conscience de son corps
    dans l’espace et apprendre à le situer. C’est par l’apprentissage de la forme
    que le pratiquant peut y arriver.

Cet apprentissage doit aboutir à des postures d’une grande précision qui ont été détaillées par l’enseignant. Il convient de pratiquer avec lenteur pour arriver à éduquer son corps et à être ensuite à son écoute (rondeur, fluidité du  mouvement).

 Le but recherché est de parvenir à un relâchement des tensions (dénouer les nœuds) mais nous devons prendre garde à ne pas « vouloir à tout prix », ce qui est contraire à l’effet souhaité puisque nous ne devons pas chercher à s’accaparer quelque chose mais plutôt ne pas agir pour laisser se révéler quelque chose (Comme une femme enceinte dont l’enfant se développe en elle sans qu’elle intervienne).

  • L’énergie ou plutôt le souffle qui parcourt tout le corps, appelé Chi ou Qi par les chinois peut alors circuler librement, sans entrave aucune. L’énergie s’accumule alors dans le Tan Tien, situé sous le nombril, c’est le réservoir du Chi.

Pour arriver au lâcher prise (relâchement), la respiration doit être apaisée, de façon à amener le Chi dans les membres, mains et pieds. La taille est primordiale, elle régule le tout.

L’intention (Yi Jing : lire I Ting) est tout aussi primordiale dans la pratique du Taï chi chuan, c’est elle qui dirige le Chi.


  • Le troisième niveau de la pratique consiste à échanger avec un partenaire. En fait, la pratique ne sert à rien si elle reste au service de la pratique.

 C’est le travail à deux, la confrontation avec l’autre qui va permettre de rendre un geste plus précis, plus juste. Le partenaire va aider à la compréhension du mouvement. Les deux partenaires vont gagner en coordination, en rondeur.

 Chacun apprend à écouter l’autre, à le suivre, à lui céder au besoin.

 Le travail du Jing  (lire Ting):

  • Chercher à sentir le Chi de l’autre
  • Comprendre le Jing de l’autre
  • Contrôler le Jing de l’autre

Le Tui Shou :

 C’est échanger avec un partenaire autrement qu’avec la parole, aller avec lui du Yin au Yang par le contact des mains. C’est apprendre à se relâcher surtout quand le partenaire est contracté, ne pas répondre à la force par la force. La souplesse gagne sur la raideur.

 L’intérêt du Tui shou est de conserver la qualité des gestes par rapport à la force et de gagner sur la compréhension du geste.

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 Le but des arts martiaux WUSHU n’est pas de combattre par la force mais de mettre fin à une action guerrière.
Il convient d’adopter l’attitude la plus juste possible pour rétablir l’équilibre sans en tirer de fierté.

 Tous ces préceptes sont transposables dans la vie quotidienne. Nous devons répondre le plus justement possible à un problème quel qu’il soit, trouver le bon accord (comme le musicien) afin de rétablir une situation harmonieuse et enfin rester humble.

  • En ce sens, le Taï chi chuan est une discipline de vie : Un combat sans lutte avec l’autre et avec soi-même.